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Le téléphone a sonné à 6h30 du matin et j'ai redouté le pire.
- « Le dirigeable est détruit ».
C'était comme si un abîme venait brutalement de s'ouvrir sous mes pieds, une chute vertigineuse dans le vide.
- « Il s'est arraché du sol dans une rafale d'une extrême violence et il est allé s'échouer sur le toit d'une maison 600 mètres plus loin. Heureusement il n'y a pas de blessé ».
- « C'est fini ». Ce sont les seuls mots que j'ai pu dire. Ils étaient lourds de sens.
Trois années de travail intense venaient de s'écrouler en quelques minutes. Cela fait trente ans que j'organise des expéditions, et jamais aucune préparation n'a été aussi stressante. Il a fallu se battre sur tous les points : les retards de la construction en Russie, la formation des pilotes, constituer une équipe qui acquière en peu de temps la connaissance et le maniement de l'appareil, doublé d'une grosse capacité à s'adapter à tous les terrains.
Les premiers vols avec l'EM-Bird à la surface de la Méditerranée nous laissaient penser que le pilotage au ras de la glace ne poserait pas de problème majeur. Le premier vol de longue durée sur le trajet Fayence-Pau devait avoir lieu le jeudi 25 janvier. Il nous restait 5 semaines de préparation intensive avant le départ du 1er mars, et tout s'est écroulé dans un coup de vent inhabituel.
Entre 6 et 7 heures du matin, la température de l'air est rapidement montée de 13°C. Les stations météo voisines ont enregistré des vitesses de vent de 110, 140 et 172 Km/h dans les rafales. Au plus fort de la tempête, le dirigeable s'est dressé et les 8 points d'amarrage du mat se sont arrachés du sol.
Mathieu, qui était de quart, a appelé en renfort toute l'équipe mais ils n'ont rien pu faire dans ce déchaînement de forces.
Je suis arrivé sur place en début d'après-midi pour constater la destruction de l'appareil et me rapprocher des propriétaires de la maison, sérieusement ébranlés par ce réveil très brutal en fin de nuit.
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